Un mois de confinement

On arrive à la fin de cette looooongue période.

Pendant le premier mois de confinement, j’ai fait un truc très original et pas du tout vu 1000 fois ailleurs : j’ai pris des notes. Et je vous les livre ici, telles qu’elles ont été griffonnées (enfin tapée, je n’allais pas rayer mon écran…).

Il n’y aura pas de mois 2, j’ai tout simplement arrêté la prise de note après le premier.

Confinement, jours 2 à 5 : travail / ennui. Rien d’autre à signaler. Ça va être très long…

Confinement, jour 6 :

9h30 : Aujourd’hui, j’ai regardé BFM. Je me sens sale.

Ce n’est peut-être pas qu’une impression d’ailleurs, il est sans doute temps de prendre une douche…

19h : j’ai réussi à ne rien faire aujourd’hui. Hier j’avais fait la liste des choses à faire. Du coup j’avais besoin de repos.

Bon, j’ai passé l’aspirateur quand même. Enfin, c’est un aspirobot, mais j’ai appuyé sur le bouton. Non je ne l’ai pas vidé. C’est pour avoir un truc à faire demain.

20h : Ah, c’est beau ces gens qui applaudissent nos soignants, tous ensemble, à leurs fenêtres, leur velux, leurs portes… leurs portes ???

Mais ils ont compris le principe ?

C’est pas parce que tu applaudis que tu peux aller causer avec face à face avec le voisin les deux minutes qui suivent nom de Zeus…

Hep, madame La Sélection Naturelle, j’en ai trois de plus pour vous !

Confinement, jour 7 :

Prendre le bus est rafraîchissant. Presque personne, et les gens ne se tiennent pas aux barres. Si le confinement dure jusqu’à Tokyo 2021, on devrait avoir des médaillés en surf, c’est certain.

Confinement, jour 12 :

Moi : fait une liste de courses précise pour 8j, histoire d’être sûr de ne pas devoir y retourner de suite.

1 couillon : vient acheter un poulet (juste ça), parce que bon, il fait beau

2 couillons : arrivent en voitures, séparément, pour faire les courses à deux…

Confinement, jour 13 :

Aujourd’hui, je me suis enfin décidé à faire quelques choses : suite au changement d’heure – qui fait que j’ai une heure de moins à ne rien faire – j’ai remis à l’heure tous les réveils et horloges. Allez, repos.

Confinement, jour 14 :

Aujourd’hui, ça fait 20 jours que je ne t’ai pas vu.

Depuis 2010, nous n’avions jamais été séparés si longtemps. J’espère que je ne te manque pas trop mon Cinéma Gaumont…

17h20 : fin de journée

17h22 : goûter dans le canapé devant une série

Ça commence vraiment à bien me plaire le télétravail.

21h : en courses, j’ai pris de quoi faire un sandwich le jour où je n’aurais pas envie de faire à manger. Deux jours après, c’est déjà utilisé… la semaine va être longue quand même…

19h : j’apprends que ma mère est touchée par cette raclure de coronavirus.

« Vous verrez quand ça touchera vos proches » qu’ils disaient… ben je vois, et ça fout les jetons…

C’est la quatrième personne de mon entourage qui choppe cette saleté, mais les autres ont mon âge et sont en pleine forme, ça m’inquiétait bien moins…

Confinement, jour 16 :

Les temps sont longs, inquiétants.

Petite pensée pour Pape Diouf.

J’aimerais pouvoir passer en mode automatique et ne pas vivre les 15 prochains jours…

18h : tiens, il faudrait quand même sortir les poubelles… et prendre le courrier ! Une belle expédition !

Je m’habille de mon plus beau jogging, passe une veste pas du tout raccord, me coiffe d’une main (mes cheveux n’ont pas croisé un peigne depuis 5 jours).

Pas de courrier. Chemin en sens inverse. Quelle vie trépidante. Petite folie, je prends les escaliers pour prolonger la balade !

Confinement, jour 17 :

8h57 : flemme d’aller bosser aujourd’hui.

8h59 : je suis à mon poste de (télé)travail. Rapide, efficace. Un avantage indéniable.

Confinement, jour 19 :

Faire tourner un machine devient urgent. Je n’ai plus de pyjashort pour aller bosser…

Confinement, jour 21 :

Mon exercice du jour : aller chercher le courrier. Je prends les escaliers depuis quelques jours maintenant, pour monter comme pour descendre, c’est toujours trois étages fait à pied… je ne suis pas sûr que ma condition physique soit au top, en remontant, je souffle…

Confinement, jour 24 :

Aujourd’hui, j’ai reçu Final Fantasy VII Remake !

La livreuse avait besoin de discuter un peu, en gardant deux bons mètres d’écart et en déposant le colis sur un plot.

On aurait dit un échange de drogue (pas loin d’être vrai ceci dit, mais elle ne le sait pas), ou l’un s’écarte quand l’autre avance.

Je la remercie, précisant que c’était un jeu, donc rien de prioritaire, mais qu’elle fait un heureux.

« Votre fils va être content ! »

Ah ah.

Double à priori, bravo. Visiblement si j’avais une fille elle n’aurait pas le droit de jouer, et l’heureux en question, évidemment, c’est moi !!! J’ai pas attendu tant d’années pour laisser un mini-moi me piquer mon jeu !

Confinement, jour 25 :

Télétravail et Final Fantasy remake. Pour résumer.

Confinement, jour 26 :

Le jour des courses !

Un soleil superbe, et l’impression d’être Superman, me régénérant en exposant ma peau aux rayons du soleil.

Un peu de monde, mais des rayons (alimentaires cette fois)bien fournis. On semble bien loin de la pénurie…

Devant moi, la dame est venu acheter yahourts et tomates cerises, et le monsieur devant elle du café…

Sans commentaire.

Confinement, jour 29 :

Début des vacances de Pâques.

Ça devait être la journée à Disney. Ça sera journée devant Disney + et The Mandalorian…

Voilà, ainsi s’est achevé le premier mois, je ferai (peut-être, c’est pas sûr, on verra…) un debrief des trouvailles télé et jeux vidéos ayant marqué ces deux mois par la suite…

Prenez soin de vous !

Confinement : Jour 1

Quelques craintes avec le confinement annoncé hier, sans prononcer le mot, surtout la solitude.

Pas que je sois particulièrement sociable, loin de là, mais bon.

La maladie ? Je ne me sens pas comme une cible, mais j’ai conscience de pouvoir en être un vecteur. Donc voilà, je suis chez moi.

Libre de ne rien faire ?

Et non, car mon entreprise vient de découvrir le télétravail !

Il va donc falloir bosser… dans des conditions pas du tout optimisées.

J’ouvre les yeux. Il est 8h, ça va. En temps normal, il faudrait que je me presse.

J’enfile un caleçon, attrape mes lunettes, me traîne jusqu’au canapé. Et rien ne fonctionne. Bien. J’avais pourtant brûler un cierge hier.

Je commence dans une heure 30… le service technique est injoignable et débordé.

J’arrive à faire fonctionner quelques trucs, mais pas le principal.

Je déjeune. Et j’attends.

J’attends.

J’attends.

J’arrive enfin à joindre quelqu’un.

Ça devrait fonctionner pour midi.

Enfin, je cite : « devrais fonctionner, si tout va bien, pour midi à peu près, enfin je pense que ça sera réglé. » Oui, aucun doute à avoir, il a l’air sûr de lui.

Par conscience professionnelle (et par culpabilité aussi un peu), je reste devant mon écran, téléphone à portée de mains. Mains occupées par la Switch, faut bien s’occuper, et puis faut que je progresse à Mario Kart.

Je m’accorde finalement une « pause », le temps de prendre un bain, mais en gardant le téléphone près de moi au cas où.

En sortant de la baignoire, je réalise que je viens d’être PAYÉ pour prendre un bain !

11h04. Retour au bureau (oui, j’ai quitté le salon et le confort du canapé après avoir rangé le bureau histoire d’être convenablement installé). Cela ne fonctionne toujours pas.

J’imprime quelques arrestations de sortie pour les jours à venir, ça pourra toujours servir.

J’entame la lecture d’un bouquin, en actualisant régulièrement mon écran à coups de F5.

100 pages avalées, le bouquin est bien, mais toujours pas moyen de bosser. Ça me mettrait en rage d’ordinaire, mais je prends ça avec beaucoup de recul aujourd’hui…

Il faut dire que je me prépare mentalement à vivre en solo quelques temps.

Pas de ciné, pas de sport collectif, personne à croiser au boulot, pas de rencards. Quelques regrets sur le dernier. Je me suis toujours dit qu’en cas de mauvaise impression, il faut s’y fier et passer à autre chose. Mais j’aurais peut-être dû lui proposer de passer 15 jours à la maison, j’aurais au moins eu de la compagnie et j’aurais pu me faire un vrai avis.

Là je vais vite me mettre à parler à mes appareils électroniques : Bouftout, Cérébro, Alexa, Jojo et Bob. Oh wait… je le faisais déjà.

12h00 : l’heure prévue ! Tout fonctionne ??? Non.

12h11 : le service technique m’informe que tout fonctionnera « bientôt ».

12h59 : c’est quand « bientôt » déjà ?

13h : pause déjeuner. Mais pas très faim. Je regarde mon mug de lait vide et mes Dinosaurus devant moi. Ceci explique cela…

14h : reprise. Ou pas. On n’est pas encore « bientôt ».

14h37 : je peux enfin bosser.

18h : bosser sans prendre de pause c’est bizarre.

Bon, repas à faire, c’est pas pressé.

Et surtout, deux films à choisir pour finir la journée ! Netflix va être un ami fidèle ces prochains jours…

La tête dans les étoiles

Ah, la vie sur d’autres planètes ! Sommes-nous seuls dans l’univers ? La possibilité de vie dans un univers infini décolle forcément de 0, mais de la vie proche, est-ce possible ? Ailleurs quelque part, une vie intelligente a-t-elle pu se développer ? Sans se faire bouffer par des prédateurs stupides ? L’Homme est-il une exception, une anomalie, un coup de chance ?

Je sors de Ad Astra, et je ne sais pas trop quoi en penser, mais je ne peux que conseiller d’aller vous faire votre propre idée.

Le pitch est simple (voir simpliste) : Dans un futur proche où la conquête spatiale a débuté, le père du héros est parti voilà un quart de siècle, a disparu pendant ses recherches de vie extraterrestre près de Neptune, planète la plus lointaine de notre système, et on appelle le fiston quand on se dit « tiens, il est peut-être encore en vie le vieux, et ce n’était peut-être pas une super idée le moteur basé sur de l’antimatière capable d’annihiler le système solaire laissé à l’abandon dans un vaisseau vieillissant, il va sans doute falloir envoyer quelqu’un, vous faites quoi ces 72 prochaines semaines ? ».

Le film a pleins de qualités mais aussi de nombreux défauts. Personnellement je suis passé outre ceux-ci.

Sauf un : Liv Tyler est très sous-exploité, dans une sorte de rappel de son rôle dans Armageddon, et c’est bien dommage.

Il y a bon nombre de clichés, de fausses notes (on entend une explosion dans l’espace par exemple), des ellipses bizarres, une BO qui devrait accompagner les moments de silence et meubler le vide mais qui est quasi inexistante, le manque d’implication, la distance vis à vis du spectateur qui regarde uniquement un récit sans être pris par celui-ci (là où le réalisateur nous happait dans The Lost City of Z), etc…

Alors pourquoi ai-je bien aimé ce récit entre science-fiction et anticipation ?

Peut-être l’humeur du moment qui répond bien à celle du héros, sorte de cyborg/Dexter que rien ne semble toucher, qui vit sa vie sans passion, avançant sur les traces de son père (tiens, on peut encore penser au voyage père-fils dans The Lost City of Z, bien que la morale finale soit exactement inversée ici) et délaissant ses proches sans regrets.

Ce héros, superbement joué par Brad Pitt, est un héros triste, solitaire et froid, dont les séances d’analyse psy nous apprennent bien moins sur lui que sa voix-off. Sa quête est finalement triple : personnelle et intime, familiale, mais aussi importante pour l’Humanité.

Le film prend son temps, laissant les choses se passer et notre héros s’adapter aux faits. Pour autant, ça n’est pas ennuyeux : la scène d’ouverture est mémorable, et s’il y a peu d’action, il y en a à intervalles suffisamment réguliers pour relancer l’intérêt. Surtout que c’est varié : un saut dans l’horrifique par ici, une poursuite par là…

Et sans plan mettant particulièrement les images en avant, j’ai trouvé l’esthétisme et l’univers « crédible », bien que parfois trop cliché là aussi (les éclairages rouges sur Mars, sérieusement ?) : les vaisseaux ne sont pas nets, pas superbes, juste fonctionnels, les structures aussi, les gens ne sont pas tout fous d’être dans l’espace, c’est juste leur boulot, etc…

La quête du héros est finalement simple, et on tombe certes là aussi dans un cliché (la scène finale est sans doute de trop), mais un cliché qui me plait…

Seul véritable regret : on aborde finalement peu l’objet de la quête du père, thème que j’aime beaucoup.

Pas un chef d’œuvre, d’autant qu’il explore des thématiques et des idées souvent vues, plutôt bien maîtrisées ici dans une atmosphère très spéciale, lente et intimiste, ce qui va bien avec l’Espace. Faites vous votre propre avis 😉

Quand Netflix piétine ton enfance…

Ça fait un bout de temps que je n’étais pas passé par ici.

Pas par manque d’idées, mais surtout par manque de temps pour les organiser et les coucher sur le papier. Ou du moins les taper au clavier.

Et puis ce soir, voilà que je tombe sur la série Les Chevaliers du Zodiaque, sur Netflix.

Le remake était une entreprise risquée… Il y avait déjà eu un film, fort décrié en 2014.

Si ce n’était pas une catastrophe (on ne parlera pas de Masque de Mort qui chante), c’était surtout une très mauvaise idée : décider d’adapter les 13 premiers tomes du manga, c’est à dire les 73 premiers épisodes de mon enfance, en seulement 93 minutes, quand on sait qu’il y a au moins une dizaine de combats, des voyages, et un tas de personnages et d’ennemis à présenter, c’était forcément très (trop) compliqué et le film enchaînait les ellipses comme Seiya les plongeons tête la première sur les pavés.

Mais réadapté en série, ça laisserait davantage de marge non ? Pourquoi pas…

Le design plus moderne a immédiatement été critiqué. Il ne me choque pas plus que ça.

Transformer Shun en fille ? Juste une histoire de représentativité, mais bon. De toute façon, avec son armure rose et ses chouineries, tout le monde le prenait déjà pour la petite sœur pleurnicharde du Phénix, alors pourquoi pas, bien qu’il m’aurait paru plus censé de simplement donner davantage d’importance à un personnage féminin existant. D’autant que si les femmes chevaliers sont censées porter un masque, ce n’est pas le cas de Shun. Mais on avait déjà ça dans Saint Seiya Omega. Alors passons.

Et lançons ce premier épisode !

Une introduction très simple, qui pose très rapidement les bases. Rapidement… parce que oui, on n’aura que 6 épisodes d’un peu plus de vingt minutes… il ne faut pas traîner.

Et le générique se lance, cool ! Je chantonne déjà, même en jap’ je la connais par cœur… sauf qu’ils ont opté pour les paroles US de Pegasus Fantasy !!! Tristesse… Bon. Passons.

Et à partir de là je spoile ce premier épisode.

Seiya et sa sœur se font attaquer, Aoilia arrive les sauve et… kidnappe la sœur ??? Bon au moins comme ça on sait comment elle a disparu contrairement au manga.

On retrouve Seiya, quelques années après qui fait du skate, il est cool, et comme il faut aussi montrer que c’est un gars bien, il fait demi-tour pour ramasser une canette et la mettre à la benne.

Il a l’air d’un grand ado déjà !

Fini les gamins qu’on envoie à la mort (10% de réussite, on le rappelle) à 13 ans pour aller chercher seul et à l’autre bout du monde une armure en bronze ? Les jeunes d’aujourd’hui c’est plus ce que c’était !

Et comme c’est un ado cool, écolo et fort, il protège un inconnu dans la rue, fait une vanne… et finit par se faire victimiser et racketter. Et là pouf, explosion de cosmos, il les envoie tous bouler.

Mais on vous a pas dit ? C’est un remake moderne ! Alors Seiya a été filmé, fait le buzz, et fini par se faire repérer par ce vieux taré de Kido qui le kidnappe (apparemment c’est normal au Japon), lui apprend qu’il est amené à être un chevalier et lui présente un antagoniste inédit. Et Athena est là mais ne dit pas un mot de tout ce temps.

Je vais arrêter le récit là, mais on s’éloigne clairement du manga dès le milieu de ce premier épisode, où les Saints sont présentés comme des super-héros plutôt que comme des chevaliers protecteurs.

J’ai un peu peur pour la suite, d’autant que les animations sont rigides et manquent de dynamisme…

Bref, quitte à passer 3 heures devant une parodie, allez plutôt en regarder une vraie (et excellente) :

Saint Seiya : la série abrégée

*Crac*

Comme un étrange écho…

Une pensée du soir, qui me ramène à un réveil, début avril. À une situation qui semble se reproduire si souvent…

La nuit est sombre, l’air frais entre par la fenêtre. Il doit être dans les trois heures. J’essaye de garder les yeux fermés, d’enfin trouver le sommeil, mais c’est peine perdue. Je finis par les ouvrir, mes pensées divaguant tandis que je fixe le plafond.

Une masse chaude se colle contre moi, sa tête se lovant au creux de mon épaule, son bras gauche s’enroulant autour de mon cou. Quelques instants après, c’est un pied froid qui m’immobilise le genou. Je regarde cette jambe, pourtant tendue, et sourit en pensant à ce petit bout de femme qui arrive à prendre tant de place dans ce grand lit.

Ma main passe dans ses cheveux quelques instants mais ne s’y attarde pas, je sais que ça va la réveiller, alors elle descend lentement lui caresser doucement le dos.

Pendant quelques instants, je me sens vraiment bien et savoure ce moment. Ce havre de félicité où rien ne semble compter. Juste être bien, juste profiter de ce temps fugace où le monde extérieur semble disparaître au profit d’un bonheur plus intime. Ce sentiment de ne plus être seul.

Et pourtant, des pensées s’immiscent silencieusement et sournoisement dans mon esprit. Très lentement, petit à petit, je me dégage de son étreinte, m’assoit au bord du lit, y reste quelques … instants ? Minutes ? Puis me lève.

Mon regard s’attarde sur sa peau d’albâtre qui semble refléter le peu de lumière entrant dans la pièce. Cette douce peau est presque recouverte de tatouages fantaisistes alors qu’elle n’a pas encore atteint le quart de siècle. Elle est comme ça, elle vit dans l’instant, et c’est aussi ce que j’apprécie chez elle. Son corps frêle frissonne. J’attrape la couette tombé au pied du lit et je la recouvre délicatement.

Puis j’attrape un tee-shirt reposant au sol et l’enfile tandis que je quitte la pièce en silence, traverse le salon, et vais m’asseoir dans la chaise longue du balcon.

Trois étages plus bas, j’observe le passage des félins, en silence. Une sorte de ballet parfaitement orchestré, où chaque chat passe à son tour, sans jamais croiser l’autre.

Le vent souffle soudainement. Il fait froid. On n’a pas idée de sortir si peu vêtu par cette température… Mais je n’ai ni l’envie de rentrer, ni même celle de me lever pour prendre quelque chose pour me couvrir.

Si le vent a soufflé, c’est surtout ma tranquillité d’esprit qu’il a emporté. Et les pensées me viennent à l’esprit à un rythme effréné, les questions s’enchaînent, dans un dialogue étrange avec mes voix intérieures.

« Où vas-tu ? Où allez-vous ? » me demande une voix gutturale.
Nulle part, il faut le reconnaître. On a beaucoup de points communs. Certes. Des affinités, des délires. De bons moments. Mais cela ne suffit pas. Quelle suite ?

« Mais on s’amuse bien! » soupire une voix enfantine.
Oui. On s’amuse. Mais s’amusera-t-elle encore longtemps ? Je lui dois d’être franc… De ne pas me jouer d’elle.

« Pourquoi maintenant ? » reprend une voix rauque.
Pourquoi maintenant ? Pourquoi pas avant ? Ou un peu plus tard ? Je ne sais pas. Le coup de foudre, je ne l’ai connu qu’une fois. J’aimerai retrouver ça, c’est si simple, limpide, facile. Mais j’ai l’impression d’être un handicapé des émotions, un alexithymique incapable de les différencier, un Dexter des sentiments. De ne pas savoir éprouver ce que je devrais ressentir.

Je pense qu’il faut tout tenter pour garder l’amour quand on le trouve… mais je ne sais pas le déceler. Alors je tente ma chance, espérant qu’il apparaisse, que je ressente à nouveau cela. Parfois ça vient. Souvent non.

« Et là ? Tu l’aimes ? » m’interroge une voix douce.
Je l’aime. Bien. Je l’aime juste bien. Je l’apprécie énormément, c’est une personne géniale, c’est … bref. Il suffit de me repasser ces phrases pour le savoir : ce n’est pas la bonne.

« Pourquoi ? » continue la voix.
Aucune idée. Que lui manque-t-il ? Ou que me manque-t-il plutôt ? L’étincelle. La flamme. Le déclic. Cette chose en plus. Indéfinissable et pourtant si importante.

« Mais tu es bien avec elle. »
Oui. Parce qu’elle me sert à tromper ma solitude, elle apporte de la vie à une existence trop morne. Mais elle ne me manque pas quand elle n’est pas là. J’apprécie sa présence mais n’en vient pas à regretter son absence. Je me sens bien avec elle oui. Mais pas complet, ou complété. Pas totalement naturel non plus. Je cherche à forcer ma nature, je ne peux me contenter de l’ordinaire. Alors que j’aime cet ordinaire.

Dans ma tête, la voix de Uma Thurman complète ma pensée : « That’s when you know you’ve found somebody really special: you can just shut the fuck up for a minute and comfortably share silence. »
Pu**in, ce que j’aime ce film…

« Tu ne vas pas le regretter ? » souffle une voix fantomatique.
Si. Je vais regretter sa présence. Je vais regretter mes nuits calmes quand reprendront les insomnies. Sa peau sucrée quand les moustiques pointeront le nez aux beaux jours. Son sourire et sa malice quand j’aurai un coup de spleen. Et j’en aurai. Ses yeux dans lesquels se lisent une grande intelligence dissimulée par son manque de confiance, ses conversations sans queue ni tête que nous avons parfois, son côté désorganisé dans la vie comme dans sa façon de penser, de parler.
Si, elle me manquera.

« Et ? » reprend la première voix.
Un bruit dans ma tête répond à la question : « Crac » : la suite, c’est la rupture…

« Tu vas lui dire comment ? » demande une voix résignée.
Aucune idée. Tant de possibilités, et pourtant toutes peuvent faire mal. « C’est pas toi, c’est moi ». Un classique. Tellement banal. Tellement vrai aussi.
Je ne sais pas. Je vais essayer d’être franc, de ne pas lui faire trop de peine…

« Vulnerant omnes, ultima necat. »
Oui. Comme les heures, les paroles blessent…. Je vais juste essayer de faire qu’elle comprenne au mieux…

Rêve

En général, je ne dors pas, ou peu en tout cas. Et quand je dors, je me souviens rarement de mes rêves. Mais parfois si…

Ce soir là, ou cette nuit là, après de multiples allers-retours entre le canapé et le lit, je sens le sommeil venir. Pas de chance, c’est dans le canapé qu’il me trouve. Mon dos me le rappellera demain. Mes yeux se ferment. Enfin.

De la musique s’introduit doucement dans mes oreilles. Je rouvre les yeux. Des lumières de multiples couleurs envahissent la pièce.

« C’est ton tour » me signale-t-on.

Devant moi, l’écran télé en mode karaoké. Je me lève comme un zombie et entame Hallelujah, version Rufus Wainwright.

Je la massacre moins que d’habitude mais ne la finis pas, car après le premier refrain, une collègue entre… par le balcon. Ok, je rêve donc…
Elle chante un texte écrit par sa sœur sur l’air de La Bohème. Je ne distingue pas les paroles, juste une voix douce et émue. Elle laisse sa place à une personne qui refuse le micro et le tend à une autre de mes collègues. Changement de registre complet avec un Libérée, Délivrée plein d’énergie. Mais vite interrompu : une amie se lève et me fait signe. Je la rejoins. L’écran a grandi. Nous ne sommes plus chez moi, mais dans un bar/karaoké où nous interprétons en duo Everything I Do. Elle sourit quand je prononce mal un mot. Toujours cette même phrase sur laquelle je bugge…

La musique s’arrête. L’ensemble des personnes présentes m’indique mes baskets.

« C’est l’heure ! » me dit Rafiki en me désignant à son tour les pompes.
« Et tu es en retard » ajoute le lapin blanc en s’enfuyant par un miroir lorsque je me tourne vers lui.

Je saute dans mes baskets dont les lacets se bouclent par magie. Mieux que Retour vers le Futur ! Et je cours. Je cours dans une forêt. L’air frais me fouette le visage, j’aime cette sensation. Et cette forêt.

Au détour d’un sentier, je débouche en pleine ville. Une très grande ville, et la population qui va avec. Je continue à courir, slalomant dans la foule. À ce rythme, je serai à l’heure.

Il suffit de suivre les panneaux qui ne portent aucune indication. Prochaine à droite. Encore à droite. À gauche maintenant. Les gens ont disparu. La rue a rétréci. Ce n’est qu’un long corridor. Je fonce et arrive à une porte métallique tout au bout de celui-ci que je fracasse à l’épaule. Les éclats de bois (hein ?) volent encore quand une balle de basket arrive sur moi. Je la saisis.

Je suis en short, sur un terrain en extérieur, prêt à shooter. Un géant surgit devant moi. Je feinte, recule d’un pas tandis qu’il saute et retombe. J’ai tout mon temps, une impulsion, je tire. Un trajectoire directe, la planche et ça rentre. Trois points. Une victoire. D’il y a presque 20 ans.

Mais pas le temps de me plonger dans mes souvenirs. Une chanson retentit.

Le sol se met à trembler. Derrière moi, une autre sorte de géant. Un ogre pour être exact, digne d’un dessin-animé, réminiscence d’un cauchemar récurrent de mon enfance. C’est lui, cet ogre qui m’a poussé à apprendre à contrôler mes rêves. À maitriser mes rêves comme mes cauchemars.

Il va fondre sur moi. Mais je ne suis plus un enfant. Je glisse sous ses bras et reprend ma course. Il me poursuit dans un décor d’apocalypse, un désert dont le sol se lézarde et craque, laissant d’épais nuages de fumée s’échapper. Je jette un œil en arrière. Il a un long couteau de cuisine à la main maintenant et la bave aux lèvres. Mais je ne le crains plus, je cours sereinement : ici ma vitesse est infinie, et il n’y a aucun risque d’épuisement. Il est loin maintenant. Je m’assois sur une souche d’arbre. Je ferme les yeux un instant.

« À toi » me crie une voix.

Une autre balle orange, de plus petite taille. Un autre souvenir. Un terrain de hand, je suis sur mon aile, la balle arrive de l’arrière opposé. La passe est superbe, je ne peux pas rater ça. Je la capte au moment où je prends mon impulsion. J’ai peu d’angle. Le gardien s’avance, il couvre bien son but. Mais pas assez. Juste la place pour une chabala. Le ballon lui rase le crâne et fait siffler le petit filet opposé. J’adore ce bruit. 23-21, il reste douze secondes. Victoire.

Mais déjà le sol se remet à trembler. L’ogre apparaît au loin. La musique reprend.

Ma course aussi. Jusqu’à une plage où je foule le sable pieds nus. Plus personne derrière moi, juste le plaisir de courir en bord de mer. À ma gauche, une petite blonde en maillot de bain jaune plonge dans une énorme vague, fendant gracieusement les flots. J’arrive à une haute digue que j’escalade.

À nouveau, le sol tremble. Il est de nouveau derrière moi. Tout proche cette fois. Mais j’ai le temps de reprendre ma course. Il me poursuit dans un silence assourdissant. Autour de nous, un paysage volcanique digne d’un jeu vidéo, avec des geysers de flammes qui surgissent au loin, des failles qui craquèlent le sol mais que je franchis d’un bond. Ce n’est pas le cas de l’ogre qui finit par chuter alors qu’il semblait gagner du terrain. Fini pour lui.

Plus de dangers à l’horizon, je ralentis l’allure tandis que le paysage disparaît : je me déplace désormais dans un brouillard blanc sur un sol de la même couleur. Je pense à Altaïr et me voilà encapuchonné tandis qu’une apparaît petit à petit autour de moi. Je finis par avoir de plus en plus de mal à courir entre toutes ces personnes. Je ralentis encore, croise de nombreux visages connus, m’arrête pour échanger quelques mots avec chacun, rapidement, sans que ces conversations aient vraiment un sens.

Une personne de dos au loin. C’est pour lui parler que je courais. Je m’approche à travers la foule. Je l’ai déjà croisé plusieurs fois dans ce rêve. Je pose ma main sur son épaule. Je vais lui poser une question… mais je me réveille.

La prochaine fois…

Héros du quotidien

Las de tant de combats, il venait d’entrer dans cette pièce, close et exiguë, et de verrouiller la porte derrière lui, se pensant en sécurité et étant désireux d’enfin pouvoir se relaxer.

Il prît quelques instants pour savourer cette accalmie, profiter de la sérénité du lieu et de la douceur de l’air frais qui y circulait.

Simplement quelques minutes pour se reposer, il en avait tellement besoin. Adossé au mur, les yeux clos, il se sentait finalement en harmonie avec lui-même après cette journée harassante. Une courte félicité dans cette vie au rythme effrénée.

Un bourdonnement soudain et terrifiant se fit entendre, provenant des hauteurs de la pièce, à la grande surprise de notre héros qui sursauta.

Tout les sens désormais en alerte, sa fatigue semblant avoir miraculeusement disparu, celui-ci leva la tête et aperçut la monstruosité. Passant en vrombissant au dessus de lui à de nombreuses reprises, la bête menaçante attendait sans nul doute le meilleur moment pour frapper, décrivant des cercles tel un rapace cherchant la meilleure occasion pour s’en prendre à sa proie.

Réunissant tout son courage, notre vaillant héros décida d’agir tant que le choix lui appartenait encore. Il attrapa discrètement son arme, assura sa prise sur celle-ci, attendit quelques instants que ses mains cessent de trembler, prit une grande inspiration. Il était prêt à passer à l’attaque.

Dès que l’animal vint fureter au dessus de lui, il tenta un assaut. Puis un autre, et un autre. Mais il avait beau frapper de taille et d’estoc, feinter à droite comme à gauche, la vile bête esquivait les coups à une vitesse tout bonnement hallucinante, rendant ses charges inefficaces. Beaucoup trop vive pour notre héros, cette facilité à éviter chaque coup en devint vite déconcertante, et c’est haletant que notre héros dût stopper son assaut.

La vile créature en tira de suite profit, et saisit l’ouverture qui lui était offerte. Elle pointa son dard et chargea notre brave combattant. Celui-ci, pourtant à bout de souffle, réussit, dans un réflexe instinctif et salvateur, à parer.

Profitant de cet instant de grâce, il se rua sur le monstre stupéfait, le forçant sous l’impact à reculer jusqu’au mur. Brandissant majestueusement son arme, il se fendit une nouvelle fois, et, enfin, le coup toucha son but. La créature meurtrie chût lourdement au sol, tandis que notre héros lâchait son arme, reculait, puis s’affaissait contre le mur opposé, ses jambes flageolantes ne pouvant plus le porter.

Quelques derniers vrombissements, comme un ultime râle infernal émit par le monstre insectoïde, lui procurèrent un frisson d’horreur. Mais la bête se tût. A jamais.

Le vainqueur prit une grande inspiration en rassemblant ses dernières forces, se leva doucement, les muscles endoloris, et contempla sa victime gisante à ses pieds. La moitié du corps déchiré de haut en bas par le fabuleux coup qu’il lui avait porté, une aile atrocement mutilée passant désormais devant ses yeux à facettes globuleuses, elle n’était déjà plus que l’ombre de la terreur qu’elle inspirait de sa vivant.

Le bourdon, de la taille de la dernière phalange d’un pouce, gisait dans la douche, sans vie. Un dernier regard vers la bête, un demi-sourire carnassier, un tour de robinet, et le cadavre disparut pour toujours dans les eaux tandis que l’invincible héros ramassait sa serviette, bonne pour le lavage.